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Interview d’un Ami – Jean-Yves Pirot

Retrouvez cet interview dans la Lettre N°3 [1] envoyée aux adhérents des Amis de la Tour du Valat.

Quand êtes-vous venu pour la première fois à la Tour du Valat et pour quelle occasion ?

Ma première visite remonte à janvier 1979, débarqué à Arles du train couchette  de Paris par un jour de mistral glacial, j’étais immédiatement amené sur le Saint-Serein pour repérer des sarcelles d’hiver sur lesquelles Alain Tamisier avait mis des émetteurs. Le spectacle était impressionnant : quelques 20,000 sarcelles sur l’aile, un pygargue à queue blanche cherchant l’oiseau affaibli ou blessé (pourquoi pas une sarcelle encombrée d’un émetteur ?), un moment inoubliable…

Je suis revenu au mois de juillet suivant pour trois mois de stage (DEA en écologie), envoyé par l’Université Pierre et Marie Curie. Ayant suivi auparavant les cours de François Bourlière, j’avais beaucoup lu la revue Terre et Vie, et j’étais passionné par l’écologie du delta avant même de m’y rendre, largement grâce à François Bourlière. Je connaissais de nom les chercheurs permanents (Alain Tamisier, Pierre Heurteaux, Heinz Hafner, Alan Johnson et bien d’autres) et leurs publications. Ensuite, ayant reçu une bourse de l’Office de la Chasse pour rédiger une thèse de 3ème cycle, il était hors de question que je poursuive ces études ailleurs qu’en Camargue, et je suis revenu…

Quelle a été votre première impression ?

Je me souviens de l’enthousiasme de tous pour la recherche de terrain, la magnifique bibliothèque, les visites de François Bourlière toujours si disposé à partager gentiment son savoir, sa curiosité qui était immense, et la présence (protectrice à plus d’un titre) de Luc Hoffmann.  Potion magique et cocktail de confiance pour des jeunes gens, des étudiants passionnés certes, mais qui doutent aussi du sens à donner à l’existence.

Quel est votre meilleur souvenir à la Tour du Valat ?

Je crois que c’est la passion qui animait les gens, chercheurs confirmés ou étudiants, pas un qui ignorait le privilège immense qui nous était donné de travailler été comme hiver dans les marais de Camargue. Il y avait déjà beaucoup de visiteurs, des gens de toute origine, invités par la station, amis de Luc, employés du WWF, de l’UICN avec qui nous partagions volontiers et qui nous apportaient d’autres perspectives.

Il y avait bien entendu mon travail sur les canards hivernants, la collecte de données dans les propriétés et marais les plus connus, les nuits entières d’affuts sur la TdV, dans la Réserve, dans les salins d’Aigues-Mortes, sans oublier les discussions sans fin sur la nécessité de protéger la nature, la chasse qu’il fallait rendre responsable, le développement durable…

Quelle a été votre plus belle rencontre à la Tour du Valat ?

C’est en Camargue que j’ai rencontré mes meilleurs amis Jean-Paul (Taris) et Pierre (Campredon), nous avons eu des parcours professionnels différents, Jean-Paul restant en Camargue pour y faire tout le travail que l’on sait, alors que Pierre et moi allions rejoindre d’autres organisations puis l’UICN, mais nous sommes restés inséparables.  Entre nous une profonde amitié (gaiement entretenue) s’est créée et, par quelque étrange détour, s’est ensuite étendue à Luc Hoffmann ; je crois qu’il a aimé notre enthousiasme qui s’exprimait dans les projets qu’il nous proposait de rejoindre. Toujours plein de sollicitude, Luc nous a fait partager sa vision et ses ambitions pour la nature dans le bassin méditerranéen, en Afrique, au WWF, à l’UICN, la FIBA…

Une autre belle rencontre que je voudrais mentionner est celle que j’ai faite dès mon arrivée avec le généreux Pierre Heurteaux (et Chantal, Vincent, Françoise), hydrogéologue (et anarchiste) passionnant, intarissable sur les jeux de l’eau et du sel (comprendre cela c’est comprendre beaucoup de choses sur l’écologie du delta), sa passion pour la musique, le jazz et Léo Ferré…

Quelle espèce emblématique de la Camargue préférez-vous ?

Je n’ai pas d’espèce préférée, mais j’ai une préférence, qui va à l’hiver en Camargue inondée, les sansouires rougeâtres, le mistral à grande vitesse (et mes cuissardes que j’ai même emmenées en Californie !), les grandes remises de canards sur l’eau bleue, en particulier les grands groupes de siffleurs en Petite Camargue, les nuits de lune sur la Réserve, à Salin de Badon, Amphise, le Radeau du loup. Les froissements d’ailes et conversations nocturnes des siffleurs ou des pilets, se déplaçant « en tous sens » vers leurs gagnages préférés, et les sangliers, chevaux et taureaux vaquant à leurs affaires dans la nuit. C’est magique…

Pourquoi avez-vous adhéré à l’Association des Amis de la Tour du Valat ?

Pour recevoir les « dernières nouvelles du Sambuc » (!). Plus sérieusement, il est certain que la disparition des amis a laissé en moi une sorte de vide affectif que je cherche à combler de diverses manières, y compris en rejoignant l’Association des Amis…

Auriez-vous des conseils ou messages à passer aux générations futures qui viendront faire un petit bout de leur chemin à la Tour du Valat ?

Message 1 :

Sortir sur le terrain, encore et encore, été comme hiver, aller partout en vous déplaçant le long du « gradient de salinité », car en dehors de votre sujet de recherche et des études attribuées, il y a tant à voir, regarder, observer, découvrir, connaitre… Interrogez sans relâche ceux qui savent mieux et puis ce que l’on a compris, le communiquer quelle qu’en soit la manière.

Message 2 :

Considérer à nouveau le message précédent…