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Interview d’une Amie – Marion Vittecoq

Retrouvez cet interview dans la Lettre N°6 [1] envoyée aux adhérents des Amis de la Tour du Valat.

Marion Vittecoq est Chargée de recherche à la Tour du Valat et étudie la dynamique des agents pathogènes à l’interface entre faune sauvage, élevages et populations humaines.Elle est membre du Conseil d’Administration de l’Association depuis sa création et y occupe le poste de secrétaire adjointe.

 

 

Quand êtes-vous venu pour la première fois à la Tour du Valat et pour quelle occasion ?

Je suis venue pendant l’été 2009 passer un entretien pour une thèse. C’est mon amie Anne-Sophie Deville qui me conduisait (sans savoir qu’elle me rejoindrait l’année suivante) et nous étions très en retard. Malgré mon manque de ponctualité j’ai été acceptée pour travailler sur les grippes aviaires. J’ai passé trois années très riches en expériences et quand l’occasion s’est présentée de faire partie plus durablement de l’équipe en 2014 je ne l’ai pas laissé passer.

 

Quelle a été votre première impression ?

Je me suis dit : « Super, on peut faire de la recherche sur la biodiversité en travaillant au milieu d’elle avec des gens passionnés ! Je signe où ? » J’ai tout de suite adoré ce cadre. J’étais tellement motivée que, n’ayant pas le permis, j’avais proposé à mon directeur de thèse de faire tout mon terrain à vélo ! Il n’était pas convaincu alors j’ai passé le permis au plus vite et en attendant je suis venue à vélo d’Arles les premières semaines.

 

Quel est votre meilleur souvenir à la Tour du Valat ?

Il y en a beaucoup et je n’aime pas trop les classements alors je citerai un des derniers. Je participais à un baguage d’ibis. Nous sommes entrés dans le marais de la Bomborinette. C’était le matin, la lumière était rasante et les toiles d’araignée brillaient de rosée dans les roseaux. Au-dessus de nous passaient des ibis, des cormorans, des aigrettes… au loin des taureaux traversaient tranquillement, de l’eau jusqu’au poitrail. Je me suis dit, comme souvent, que j’avais de la chance d’être là.

 

Quelle a été votre plus belle rencontre à la Tour du Valat ?

Là encore je n’aime pas classer. Je dirai que c’est le mélange entre une équipe de gens passionnés, présents depuis longtemps, qui ont beaucoup à transmettre et le passage régulier de nombreux chercheurs, étudiants, gestionnaires des quatre coins du monde que je trouve enrichissant.

 

Quelle espèce emblématique de la Camargue préférez-vous ?

Mais a-t-on fini de me demander de faire des choix ! Allez, pour la peine je vais citer un parasite, la grande douve du foie, qui fait sa vie dans les canaux biliaires des bovins, des ragondins et parfois de l’homme. Elle n’est pas spécifique de la Camargue mais elle s’y plait particulièrement car elle affectionne les milieux humides. Elle peut causer de fortes pertes économiques, notamment dans les troupeaux de vaches laitières, mais en Camargue il semble que les taureaux soient peu ou pas impactés par elle bien qu’elle soit très présente. Elle pourrait même barrer la voie à d’autres parasites, mais nous devons continuer à mener l’enquête pour en savoir plus.

 

Pourquoi avez-vous adhéré à l’Association des Amis de la Tour du Valat ?

J’ai adhéré à l’Association dès ses débuts car j’aime partager mon engouement pour la connaissance et la défense de la biodiversité (qui inclut les parasites, virus, bactéries et autres petites bêtes mal-aimées, si, si). L’Association me permet d’échanger avec un grand nombre de gens très différents autour de ces thèmes.

 

Auriez-vous des conseils ou messages à passer aux générations futures qui viendront faire un petit bout de leur chemin à la Tour du Valat ?

Aux générations futures, c’est que j’appartiens déjà à une génération passée !? Il faut que je m’y fasse. Quand on est ici, à moins de rester cloitré dans son bureau, on est frappé par la beauté et la diversité des milieux camarguais et cela vaut mieux, ou du moins autant, que tout ce qu’on a lu avant d’arriver sur l’importance de conserver les zones humides. On est aussi immergé, pas seulement dans ses waders et leur odeur douteuse aux heures chaudes, mais aussi dans une équipe très impliquée dans cette conservation. Même si on ne vient que pour un court séjour on en ressort marqué par la beauté des milieux naturels et fort de l’énergie transmise par toutes les personnes rencontrées. Je n’aurais donc qu’un seul conseil : Venez !